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Marcus Borja, metteur en scène et docteur SACRe

Le

Acteur, metteur en scène, dramaturge, enseignant, directeur de chœur… Marcus Borja est une personnalité du monde théâtral et, depuis le 1er décembre, docteur SACRe (Sciences Art Création Recherche) après à un travail de recherche sur l’approche musicale des techniques et poétiques de la scène. L’occasion de revenir sur ce programme original et son parcours.

Soutenance de Marcus Borja, docteur SACRe (Sciences, Art, Creation, Recherche), CNSAD

Interroger la dimension sonore et l’approche musicale du théâtre à travers la choralité et la vocalité de l’acteur-performer, privilégier l’écoute, scruter les rythmes, contrepoints et harmonies, aussi bien au niveau de la construction et l’interprétation du texte qu'à celui de la dynamique et des mouvements scéniques… un sujet de recherche passionnant pour lequel Marcus Borja, metteur en scène réputé a rejoint en 2014 ce programme doctoral.

Un doctorat d'art et de création

Le contexte de travail proposé par SACRe correspondait à mes attentes : un parcours résolument artistique alliant l’outillage et la rigueur de la recherche à la création scénique et performative


Trois ans durant sous la direction de Jean-François Dusigne (professeur en arts du spectacle, théâtre, ethnoscénologie, Université Paris 8) et l’encadrement de Sylvie Deguy (artiste lyrique et professeur de chant au CNSAD), Marcus Borja a poursuivi l’exploration de la théorie et de la pratique théâtrale à travers une thèse intitulée Poétiques de la voix et espaces sonores. La musicalité et la choralité comme bases de la pratique théâtrale.
 " C’était moins le « doctorat » qui a motivé mon choix de rejoindre le parcours SACRe – mais le fait qu’il soit « d’art et de création » explique aujourd’hui Marcus Borja. « En effet, mon parcours artistique, mon intérêt pour l’enseignement et la transmission et mon désir de développer et faire partager un chemin de réflexion critique en parallèle et en résonance avec les recherches faites au plateau et dans la salle de répétitions, m’ont convaincu que le contexte de travail proposé par SACRe correspondait à mes attentes : un parcours résolument artistique alliant l’outillage et la rigueur de la recherche à la création scénique et performative.
 SACRe m’a permis de développer un programme de recherche pluridisciplinaire au carrefour de la théorie et des pratiques artistiques qui appelle une variation et une alternance de ses supports et de son outillage. Ainsi, plutôt que de hiérarchiser ou de délimiter les espaces de la « théorie » et de la « pratique », la théorie, ici, ne saurait se concevoir autrement que comme structuration et relativisation d’une pratique concrète, et la pratique comme une mise en mouvement d’abstractions théoriques, en croisement et même en choc entre elles."

SACRe est aussi un laboratoire (EA 7410) interdisciplinaire unique dédié aux créateurs et l’un des éléments phares de l’Université PSL. Réunissant cinq grandes écoles d’art et de création et l’ENS, son ambition est de permettre aux créateurs et aux chercheurs d’inventer et d’explorer ensemble les territoires communs de la recherche et de la création. Il réunit artistes confirmés, créateurs, compositeurs, metteurs-en-scène, designers, plasticiens, tout autant que des théoriciens en sciences exactes, humaines et sociales. Chaque thèse du doctorat SACRe consiste ainsi en une création d’œuvres et la mise en œuvre d’une démarche réflexive s’appuyant sur des champs théoriques et scientifiques.

Les Bacchantes, d'après Euripide, par Marcus Borja dans le cadre de sa thèse au programme doctoral PSL SACRE (CNSAD)

Le jury de thèse dans le noir

Le travail de recherche de Marcus Borja a ainsi donné lieu à trois créations scéniques au CNSAD : Théâtre (2015) ; Intranquillité (2016) et Bacchantes (2017). Ensemble, elles mettent en évidence au moyen de multiples expérimentations, la nature essentiellement musicale – notamment en ce qui concerne le rapport temps-rythme et l’harmonie « chorale » – des principes structurant l’organisation et l’accomplissement du phénomène théâtral.
La soutenance a été l’occasion de présenter une synthèse de ce travail de recherche via un choix de performances en direct avec des comédiens-chanteurs, des mises en situation en plongeant, par exemple, le jury dans le noir.

« Sans me contenter de citer des exemples, j’ai décidé, avec l’accord de mon directeur et ma co-directrice de recherche et la complicité d’un chœur de 38 artistes hors pair, de les « performer ».  Et ce pour deux raisons. D’abord, la vocation même du doctorat SACRe est de réinterpréter les formes et les codes de la recherche en art par l’art. C’est donc tout naturellement que j’étends cette « vocation » à la forme et aux codes mêmes de la soutenance de thèse, tout comme je l’ai fait pour la conception du volume que j’ai soumis au jury : plutôt qu’une thèse, j’en ai fait un livre d’art. Ensuite, j’estime qu’un parcours qui a été choral du début à la fin de cette aventure ne pouvait pas s’achever sur une soutenance en solitaire. Ce serait hors sujet et contre nature.  J’ai donc choisi de présenter quelques extraits de deux des trois spectacles issus de ce projet de recherche, Théâtre et Bacchantes, le dispositif scénique et technique d’Intranquillité ne permettant malheureusement pas une restitution satisfaisante ici. »

 

 Extrait d'une des performances présentées lors de la soutenance, ® Thomas Vauthier

 

19 soutenances SACRe

Crée en 2012 le programme doctoral SACRe rassemble 53 doctorants et compte 19 nouveaux docteurs mentions théâtre, design, cinéma, musique, ou les arts visuels. Pour exemples, voici la liste des dernières soutenances de cet automne 2017 :

Marie-Luce Nadal, ENSAD, 9 octobre 2017
Titre : De lents semencements.
Direction : Nadeije Laneyrie Dagen (ENS-SACRe) et Eduardo Wesfreid (ESPCI).

Marcus Borja, CNSAD, 1er décembre 2017
Titre : Poétiques de la voix et espaces sonores : La musicalité et la choralité comme bases de la pratique théâtrale
Direction : Jean-François Dusigne (Paris 8) et Sylvie Deguy (CNSAD).

Esther Jacopin, La Fémis, 2 décembre 2017
Titre : La continuité stéréoscopique : correspondances et discontinuité.
Direction : Giusy Pisano (ENS Lyon), Sabine Lancelin (La Fémis) et Jeanne Guillot (stéréographe).

Augusta Danner, ENSAD, 4 décembre 2017
Titre : Architecture et socialité. Le design architectural d’une école nationale supérieure d’art et de design : l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (EnsAD Paris). Une analyse empirique par la sociologie de l’architecture.
Direction : Marc Crépon (ENS) et Emmanuel Mahé (ENSAD-SACRe).

Ianis Lallemand, ENSAD, 5 décembre 2017
Titre : Matière en acte : les rapports entre conception et matérialité dans la production matérielle numérique.
Direction : Antoine Picon (ENPC, GSD) et Samuel Bianchini (ENSAD-SACRe).

Romain Bigé, ENS, 8 décembre 2017
Titre : Le partage du mouvement. Une philosophie des gestes avec le Contact Improvisation.
Direction : Renaud Barbaras (Paris 1).

Jennifer Douzenel, ENSBA, 11 décembre 2017
Titre : Mesurer le Monde.
Direction :Michel Verjux (Paris 1 – artiste) et François-René Martin (ENSBA).

Lia Giraud, ENSAD, 12 décembre 2017
Titre : L’œuvre-processus. Pratiques dialogiques entre biologique et technique, vers une écologie de l’oeuvre.
Direction : Samuel Bianchini (ENSAD-SACRe), Thibaud Coradin (Collège de France) et Claude Yéprémian (Museum d’histoire naturelle).

Laura Porter, ENSBA, 13 décembre 2017
Titre : Royal Secrets in the Queen’s Fat Body.
Direction : Daniel Milo (EHESS) et Dominique Figarella (ENSBA).